Moraliser les politiques par la loi ?

En réaction à l’affaire Cahuzac, le gouvernement s’affaire avec entrain à vouloir moraliser les élus de la République. L’intention est louable et probablement pertinente lorsque l’on voit les écarts qui nous séparent des autres nations européennes concernant la question de la transparence des patrimoines par exemple. Toutefois, l’outil législatif est-il bien approprié à la résolution du problème ?

Par tradition politique, en France, lorsque nos gouvernants sont pris à parti par un emballement médiatique, ils ont tous cet étrange réflexe de vouloir créer une loi… Lorsque le problème est connu, ils lui ajoutent une haute autorité (ou une agence gouvernementale) en charge de le gérer. Mais lorsque le problème ne nécessite pas de décision à court-terme (vs agenda médiatique), ils préfèrent opter pour la création d’une commission en charge de réflechir sur le sujet et rédiger un rapport.

L’affaire Cahuzac a accéléré les consciences de nos élites sur deux sujets : le premier est celui de la lutte contre les paradis fiscaux, connu depuis de nombreuses années et ayant d’ailleurs fait l’objet de rapports et débats parlementaires, le second est la moralisation de la classe politique.

Concernant le premier, il requiert forcément une réflexion au niveau communautaire. Avant cela (et avant de vouloir donner quelque leçon à nos voisins européens comme nous en avons parfois l’habitude…), la France devra balayer devant sa porte d’outre-mer… Concernant le second sujet, si la transparence est nécessaire en soi, le mal est beaucoup plus profond. Je doute alors, et pour plusieurs raisons, que la loi puisse résoudre le problème.

1- Tout d’abord, une loi demande de prévoir des ressources (humaines et financières) pour pouvoir la faire appliquer. Le temps ne semble pas aux dépenses nouvelles…

2- Ensuite, et surtout, le problème n’est pas seulement légal mais moral. Il ne se situe pas uniquement dans la sphère du juridique mais dans celle de l’éthique. Il me paraît vain de légiférer sur l’intégrité, la probité et l’honnêteté des individus. Le mensonge peut t-il être empêché par la loi ? Une loi aurait-t elle évité le cas Cahuzac ? Je ne le pense pas.

3- Enfin, cette volonté de moralisation révèle un malaise plus global, plus dense, plus diffus. Il est question de la responsabilité de nos élus. Ne devrions-nous pas nous interroger davantage sur leur formation, leur recrutement, leur représentativité, leur renouvellement ? Prenons le problème à la racine…

La transparence et la probité de nos élus constituent de vrais enjeux pour le renouvellement de notre modèle politique (n’oublions pas nos élites journalistiques qui pourraient s’appliquer à eux-mêmes les conseils qu’ils prodiguent aux autres). C’est un débat qui ne peut évidemment pas se résumer à une loi rédigée dans la précipitation médiatique.

L’agenda du politique ne devrait d’ailleurs pas être autant dicté par les rédactions de presse. Cela conduit souvent à privilégier le court-terme et ne pas accorder l’attention suffisante à certains enjeux clés à notre développement mais moins « médiagéniques » comme l’éducation, l’environnement, ou les questions européennes. Ces thèmes méritent une attention soutenue et constante. Il revient alors aux politiques et aux journalistes d’en partager et d’en assumer la responsabilité.

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