Esther Duflo ou quand une économiste française conseille le président Obama

Après la mode française à Hollywood, la french touch arrive également à la Maison blanche en 2013. En effet, le 21 décembre 2012, suite à la réélection de B. Obama à la Présidence des USA, la maison blanche a poursuivi la nomination de nouvelles personnalités dans le staff présidentiel. Fait rare, Esther Duflo, célèbre économiste française spécialisée dans les questions de pauvreté et de développement entre au Conseil présidentiel pour le développement global, institué en 2012 et placé sous l’autorité de l’USAID, pour conseiller le président américain.

Esther Duflo n’est évidemment pas une inconnue des milieux académiques. Normalienne, diplômée de l’École d’Économie de Paris et du MIT, Esther Duflo est professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et dirige le laboratoire de recherche sur la réduction de la pauvreté et l’économie du développement (The Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab). En 2009, elle a inauguré la chaire internationale intitulée « savoirs contre pauvreté » au Collège de France. Depuis une dizaine d’années, ses travaux sur l’évaluation et l’expérimentation des programmes de lutte contre la pauvreté, sont régulièrement mis à l’honneur et récompensés. Elle figure également en bonne place dans le classement des 100 intellectuels les plus influents au monde réalisé par le magazine américain Foreign Policy.

Dans son dernier ouvrage co-rédigé avec Abhijit V. Banerjee « repenser la pauvreté « (publié en 2012 aux éditions du Seuil), Esther Duflo présente les résultats de ses expérimentations et les modalités de sa méthodologie de travail (méthode des essais aléatoires dite approche randomisée) qui l’ont conduite à questionner les dogmes théoriques sur les questions de l’aide au développement. La priorité ne serait plus de savoir combien d’argent faut-il dépenser pour atteindre un optimum économique et social (vision macro) mais bien comment le dépenser (vision micro). Ne répétons-nous pas que le diable se cache dans les détails ? L’approche expérimentale randomisée déployée par les équipes de recherche d’Esther Duflo tend à identifier les véritables freins et/ou limites de certaines aides dans les domaines de la santé ou de l’éducation notamment. Ainsi, l’observation des comportements individuels des bénéficiaires d’aides permet d’appréhender avec plus de finesse la complexité (et parfois les dysfonctionnements) du système dans son ensemble et d’enrichir considérablement l’analyse.

Cette vision de l’expérimentation (qui n’impose pas de principes généraux universels et applicables à tous pour combattre/prévenir la pauvreté et favoriser le développement) s’inscrit dans un processus d’innovation sociétale. Il me semble que cet état d’esprit est partagé par de nombreux acteurs issus de l’entrepreneuriat social. Toutefois, cette vision nécessite de déployer des moyens financiers et humains importants dans des dispositifs d’évaluation régulière des initiatives. En France, les dispositifs d’évaluation des expérimentations manquent souvent de ressources (financières, matérielles et/ou humaines) et sont les premières victimes des arbitrages budgétaires. La priorité est alors donnée à la conception et à la réalisation du programme (voire à sa communication). L’évaluation et l’éventuelle optimisation de l’action sont alors relayées en arrière plan illustrant une nouvelle fois le règne du court-termisme dans nos prises de décision.

Étiquettes : , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :