Les think tanks et les comptes de la crypte

Je vous invite à lire l’article rédigé par Xavier Carpentier-Tanguy sur la plate-forme d’informations Slate.fr. Point de départ de son article, la tendance à la vérification des informations (ou facts checking) dans les interviews politiques, et notamment la vive discussion entre Anne-Sophie Lapix et Marine Le Pen sur Canal +. Nadine Morano ayant éprouvé les mêmes difficultés face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC récemment. Face aux traditionnels éléments de langage de nos politiques, les journalistes s’arment désormais de données à vérifier. Une méthode qui porte ses fruits médiatiquement car elle créé rapidement de la polémique et du bruit sur le net. Fait-elle avancer le débat ? C’est une autre question.

Les think tanks en recherche de lumière médiatique en période électorale avancent leur expertise des politiques publiques pour donner un éclairage sur le coût des programmes des candidats. L’institut de l’entreprise avait initié le mouvement en 2007 avec sa cellule de chiffrage (initiative relancée pour 2012). Ainsi, à chaque nouvelle mesure annoncée par les candidats correspond un montant associé. L’auteur indique que d’autres think tanks se sont à leur tour lancés dans le chiffrage des propositions. L’Institut Montaigne et Terra Nova ont même développé chacun de leur côté un site dédié : chiffrage et déchiffrage 2012 pour Montaigne en partenariat avec Les Echos, Débats2012 pour Terra Nova.

L’auteur conclut son article en posant la légitime question du contrôle « qui contrôle les contrôleurs ? » Mais l’initiative venant de la société civile, il semble difficile d’instaurer une régulation ou une instance de contrôle. Le neutralité apparaît comme un leurre de toute façon. L’objectif de ces chiffrages au final pour ces think tanks n’est-il pas avant tout de valoriser leur expertise et de se construire une légitimité dans le débat public ? Cela ne les empêche évidemment pas d’y contribuer dans le même temps.

Selon moi, ce débat pose une autre question, probablement plus essentielle, soumise d’ailleurs dans l’un des commentaires de l’article par Gloom : « Est ce que la politique se résume simplement à des chiffres ? » En effet, face à cette avalanche de données, ne perdons-nous pas un peu l’âme de la vision politique, l’incarnation personnelle d’un programme ? Ne perdons-nous pas la force de la contradiction de modèles économiques et sociaux au risque d’harmoniser ce qui est juste en le confondant à tord avec ce qui est raisonnable ? Ne perdons-nous pas au final ce qui fait le sel d’une campagne électorale ? A nous, citoyens, de rester vigilants pour que l’accumulation de chiffres ne masque pas les idées du débat (ou l’éventuelle pauvreté du débat…)

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