Les classes moyennes, encore et toujours…

Fin 2011, dans un précédent article, je vous parlais des classes moyennes comme d’un nouvel eldorado électoral. Qui sont-elles ? Et surtout pour qui voteront-elles en 2012 ? Deux questions que de nombreux états-majors de campagne et/ou de partis politiques se posent à moins de 100 jours du premier tour de l’élection présidentielle. Pour alimenter ces réflexions, je vous propose trois courtes lectures :

  1. Hollande, Sarkozy, Bayrou… Pourquoi les politiques draguent-ils les classes moyennes ? de Martin Hirsch sur son blog
  2. Le vote des classes moyennes. A la recherche d’un ancrage politique durable d’Elisabeth Dupoirier (note du CEVIPOF)
  3. Les nouvelles classes moyennes de Dominique Goux et Eric Maurin (ouvrage de la collection La République des Idées / Seuil)

1. La chronique de Martin Hirsch sur son blog (25 janvier 2012)

Sur son blog, Martin Hirsch dénonce avec justesse l’aspect tautologique de la surenchère électorale autour des classes moyennes. En effet, si l’on considère que les classes moyennes correspondent à l’ensemble de la population à laquelle on retranche les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches, cela revient à dire que l’élection présidentielle se gagnera sur 80% du corps électoral…

Mais au delà de cet aspect discursif, Martin Hirsch dénonce avec plus d’insistance et plus de crainte le sacrifice des plus vulnérables sur l’autel de la défense des classes moyennes : « En brassant de nombreux milliards, notre système fiscal et social est à peine plus redistributif que le système américain qui en brasse moins. Les avantages fiscaux des plus aisés contredisent les prestations sous conditions de ressources réservées aux plus pauvres, laissant des angles morts… en pleine moyenne ! L’argent de l’État est redistribué selon une courbe en V : il aide les plus pauvres et les plus aisés. Ce n’est pas le côté gauche du V qu’il faut éraser, c’est son côté droit qu’il faut élimer. […] ne pas prendre en compte ces deux dimensions essentielles, c’est prendre le risque de délaisser les plus modestes et de s’appuyer sur une moyenne imaginaire pour accroître les inégalités. »

2. La note CEVIPOF d’Elisabeth Dupoirier publiée le 17 janvier 2012  (auteure d’une note de la Fondapol sur le même sujet en 2010)

Partant du principe que les classes moyennes constituent un ensemble dense et hétérogène, est-il envisageable de comprendre leurs comportements électoraux ? Une note du CEVIPOF s’y emploie. Concernant ces classes moyennes justement, elle indique que « Sous la Ve République, leur histoire s’est un temps confondue avec celle de la gauche et tout particulièrement celle du PS qu’elles ont largement contribué à porter au pouvoir en 1981. Depuis lors, la composition des classes moyennes a évolué avec les mouvements de fonds de la société française. Et les inclinations politiques dominantes des électeurs des classes moyennes ont fluctué, contribuant aux alternances politiques et aux périodes de cohabitations. »

La note commence par définir les classes moyennes au regard de l’acception proposée par l’INSEE, c’est à dire les membres des professions intermédiaires, massivement dominées par le salariat. Ainsi définies, elles pèseraient 20% du corps électoral français actuel (NDA : public plus restreint que l’acception proposée par Martin Hirsch. Cf. plus haut). Ensuite, la note tente de caractériser leur participation politique. Comme les classes dites supérieures, les classes moyennes seraient intéressées par la politique. Selon une enquête réalisée par le CEVIPOF en décembre 2011, 8 électeurs des classes moyennes sur 10 se déclarent « certains » d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle. Mais à l’instar des classes populaires, la plupart d’entre eux restent désabusés par le paysage politique et ses représentants.

Le vote des classes moyennes depuis une trentaine d’années suit trois constantes : une fidélité plus marquée à gauche, un refus des positions extrêmes, un intérêt pour les candidats qui se déclarent ni de gauche ni de droite. La note se termine par l’analyse des intentions de vote à fin 2011. Probablement trop précoce, l’analyse donne toutefois une confirmation pour le candidat socialiste. Sa campagne devra se concentrer sur la politique intérieure (et notamment sur la réduction des inégalités) et éviter la fragmentation de son électorat au profit de candidats centristes…

3. Les Nouvelles classes moyennes, l’ouvrage de Dominique Goux et Eric Maurin publiée le 12 janvier 2012 au Seuil

En cours de lecture. Je vous en parlerai dans les prochains jours. Je vous laisse avec la 4e de couverture :

Les classes moyennes sont souvent considérées comme le noyau stable de la société. En réalité, elles sont le lieu où s’expriment les aspirations les plus intenses à l’ascension sociale et les craintes les plus aiguës face au déclassement. Aiguillonnées par la peur de tomber et le désir de s’élever, elles ont su maintenir leur position tout au long des dernières décennies, au terme d’une compétition sans merci pour les statuts les plus protégés, les quartiers les plus sûrs et les diplômes les plus valorisés. Dès lors, ces « nouvelles classes moyennes » se caractérisent par trois traits fondamentaux : leur centralité sociale, leur dynamisme, leur position d’arbitre. Incarnant à la fois une « France qui tient » et une « France qui monte », elles sont essentielles pour comprendre les transformations de notre pays et, sans aucun doute, son avenir politique immédiat.

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