La 100e note de Think Twice

Aujourd’hui, un post publié sur la plateforme de blogs de Mediapart par samines et intitulé « think tank : la traversée du désert » a attiré mon attention. L’auteur du blog partage avec les lecteurs son avis critique sur les think tanks. Il y évoque et raille à cet égard l’Observatoire français des think tanks. Malheureusement, « l’analyse » pêche par plusieurs approximations et quelques grossières erreurs que j’imagine involontaires de la part de son auteur. Je souhaitais donc revenir rapidement sur deux approximations majeures de son article concernant l’Oftt et sur le contenu critique dont je partage pourtant certains points.

Première erreur de jugement : lorsque l’auteur cite l’Observatoire français des think tanks dans son article, il n’a semble t-il pas bien saisi ou compris sa mission : « Un certain nombre de ces « think tanks » (français ou étrangers) sont réunis dans l’Observatoire Français des Think Tanks, l’O.F.T.T »  En effet, l’Observatoire (comme son nom l’indique pourtant assez aisément…) ne rassemble pas les think tanks en son sein telle une amicale, il n’a évidemment pas pour mission de les fédérer (mission qui n’aurait pas de sens…) mais de les observer et de partager librement ses analyses avec les internautes afin de les compléter. La critique reste ouverte pour permettre à l’Oftt de progresser mais doit reposer sur un véritable fondement et non une libre et fausse interprétation de la réalité.

Dans le même paragraphe, l’auteur extrait ensuite une phrase du site de l’Oftt qui lui attribue à tort, deuxième approximation malheureuse : « Dans cet enchevêtrement complexe aux équilibres fragiles que sont nos démocraties d’opinion publique, les groupements qui se consacrent à la recherche indépendante et à la formulation de propositions politiques ne sont-ils pas devenus des maillons indispensables ? » Sauf erreur de ma part, cette phrase n’est pas issue du site de l’Oftt mais de celui de Notre Europe. Il semble que l’auteur ait confondu avec l’étude menée par Stephen Boucher en 2004 sur les think tanks en Europe qu’il évoque par la suite. Il s’agit d’une citation de Jacques Delors introduisant cette étude. Cela étant dit, la bonne attribution de ces propos n’enlève pas l’éventuelle pertinence de sa critique pour son auteur.

Au delà de ces erreurs, j’adhère, dans le fond, à certains points de vue et doutes exprimés par l’auteur. Lorsque samines écrit sur les think tanks français « On les sent plutôt en recherche de légitimité.. Tout se passe comme si cette croissance en notoriété s’effectuait presque trop vite, en tentant d’occuper l’espace laissé vacant par les personnalités politiques (qui ont manifestement déserté le champ politique). » Il existe bien un échange de légitimités entre la sphère des think tanks et celle du politique. La quête de la légitimité est indéniable pour les think tanks français. Le système médiatique ne semble d’ailleurs pas encore suffisamment préparé à commenter la montée de ce phénomène relativement récent. Comme je l’ai déjà rappelé plusieurs fois, il faut essayer de construire une vision neutre des think tanks, ensemble hétérogène si on les considère selon une définition large. Ce ne sont évidemment pas des anges indépendants comme certains souhaiteraient nous le faire croire, mais ce ne sont pas non plus des diables manipulant la décision publique à la solde des seules puissances financières au détriment du peuple. Ne tombons pas de Charybde en Scylla dans l’analyse même si la facilité intellectuelle nous y invite.

De même, lorsque samines s’interroge tout au long de son article sur l’utilité des think tanks en tant que producteurs d’idées nouvelles (alternatives à celles existantes), je m’interroge à mon tour sur la possibilité du système actuel (système global composé des think tanks mais également des médias et des structures politiques) de produire (et d’accepter) de l’innovation politique. A cet égard, je préfère de plus en plus le terme d’ideas brokers à celui de think tanks pourtant incontournable. Ce terme me semble plus juste dans la définition de leur mission même s’il n’est pas entré dans le langage médiatique. Je reste convaincu que les think tanks ou ideas brokers français ont une utilité dans le débat public mais soyons réalistes quant à leur rôle principal qui consiste davantage à nourrir l’agenda politique d’idées que d’en produire de nouvelles au risque évident de formater la pensée politique par un manque de diversité. Cela ne les empêche toutefois pas de formuler des propositions innovantes mais cela repose la question des moyens humains et financiers et de leur allocation. Car les idées ne naissent pas spontanément d’esprits volontaires mais nécessitent du temps de réflexion et de recherche, ressource devenue malheureusement de plus en plus rare dans nos sociétés actuelles qui ont fait de l’immédiateté leur crédo.

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