Think tanks : actualités ou prospective ?

De plus en plus de think tanks politiques en France réagissent très rapidement aux faits d’actualité, se positionnent et donnent leurs avis à chaud. A l’image de Terra Nova et de sa dernière note sur l’affaire des quotas en équipe de France, on remarque un rapprochement des agendas des think tankers avec celui des médias. L’avantage évident est de permettre aux think tanks d’avoir une prise plus directe sur la réalité des politiques publiques et de s’ouvrir des espaces médiatiques ponctuels et efficaces. Par contre, cette attitude de commentateur de l’actualité ne permet plus aux think tanks de se projeter, de penser la stratégie et les enjeux de demain, de réaliser de la prospective. Soumis aux aléas de l’actualité et à la pression des médias, les think tanks pourraient perdre leur capacité de recul.

On me répondra très (trop) rapidement que les think tanks, selon leur organisation et leur fonctionnement, pourraient être en mesure de répondre à l’actualité chaude et penser à froid les enjeux de demain à l’image d’un Raymond Aron, « spectateur engagé » et historien du temps présent. Mais n’est pas Raymond Aron qui veut… Je m’interroge donc sur la spécificité du think tank de penser au sein d’un temps plus long que le politique pour lui permettre justement d’identifier de nouveaux chemins, d’explorer de nouvelles voies, de sortir des sentiers battus et rebattus. A chaud, le commentaire, aussi expert soit-il, reste, à mes yeux, toujours un commentaire.

Malheureusement, je sais aussi que les think tanks, s’ils se concentrent uniquement sur leurs travaux de prospective, peuvent perdre l’intérêt des médias, et ce quel que soit la qualité de leur production, et donc affaiblir leur influence voire leur légitimité parfois. La nature ayant horreur du vide… les boîtes à penser sont vite oubliées/remplacées par d’autres. Le dilemme est grand et demande ainsi une capacité organisationnelle importante pour allier prospective et communication. Nous en revenons toujours au nerf de la guerre : le financement des think tanks, au risque toutefois que les sponsors privilégient la communication à la production dans une société de l’urgence et de l’immédiat, du retour sur investissement et de l’image. L’exercice est périlleux et complexe. Au sein d’un monde 2.0, le métier de think tanker est définitivement compliqué.

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