Un cri dans la crise : des économistes atterrés

Le 16 septembre, dans une tribune du Monde, 4 économistes appellent de concert à une véritable refonte de la pensée économique. Ainsi, Philippe ASKENAZY du CNRS, Thomas COUTROT d’ATTAC, André ORLEAN de l’EHESS et Henri STERDYNIAK de l’OFCE ont lancé le manifeste des économistes atterrés.

Réunis dans un mouvement spontané et certainement ponctuel, ces 4 économistes sont atterrés de voir que la crise n’a pas modifié les grands ensembles, « ces schémas de pensée qui orientent les politiques publiques depuis trente ans. » La rénovation ou la modération du capitalisme financier semble avoir échoué car, selon eux, la doctrine dominante néolibérale continue d’être présentée comme la seule voie légitime et envisageable.

Dans leur manifeste qui compte déjà plus de 500 signataires, les auteurs critiquent le fondement de 10 postulats de la matrice néolibérale, 10 fausses évidences à combattre, 10 idées qui inspirent pourtant les politiques publiques actuelles :

  1. les marchés financiers sont efficients
  2. les marchés financiers sont favorables à la croissance économique
  3. les marchés sont de bons juges de la solvabilité des Etats
  4. l’envolée des dettes publiques résulte d’un excès de dépenses
  5. il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique
  6. la dette publique reporte le prix de nos excès sur nos petits-enfants
  7. il faut rassurer les marchés financier pour pouvoir financer la dette publique
  8. l’Union Européenne défend le modèle social européen
  9. l’euro est un bouclier contre la crise
  10. la crise grecque a enfin permis d’avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité européenne

Face à ces 10 fausses évidences, les auteurs proposent 22 mesures au débat public. Avec ce manifeste, nous revenons à la tradition de l’appel médiatique chère aux intellectuels français. En effet, nombreux ont été les personnalités à dénoncer et à combattre une inégalité ou un système par un appel médiatique : l’affaire Callas portée par Voltaire en 1763, Le célèbre J’accuse de Zola en 1898, l’appel de Stockholm en 1950, la défense des boat-people en 1979, etc. Dans ces cas, ce sont le combat et les idées qui ont structuré le groupe. A la différence de propositions émanant de cercles ou de clubs de pensée, la prise de position est personnelle, et souvent plus radicale car le consensus des contributeurs n’est pas la finalité mais le point de départ de l’action. Une manière complémentaire d’envisager et d’encourager l’innovation politique.

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3 responses to “Un cri dans la crise : des économistes atterrés”

  1. Amaury says :

    Merci pour votre commmentaire.

    Regarder ailleurs que les autres peut parfois être salvateur… Sur le blog Econoclaste (http://econo.free.fr/), j’ai lu une blague sur les économistes qui m’a fait penser à cette situation (j’en profite pour faire la promotion de ce bon blog au ton décalé) :

    Un économiste est planté une nuit devant un réverbère, scrutant le sol . Une voiture de police passe et s’arrête. Un policier lui demande s’il a perdu quelque chose. L’économiste lui répond qu’il a perdu ses clés dans l’allée devant sa maison, à 50 mètres de là. Le policier, un peu circonspect, lui dit :  » Mais si vous les avez perdues là bas, pourquoi chercher là ? ». Ce à quoi l’économiste répond : « On y voit mieux ici ».

    Et oui !

  2. CAMBOURS says :

    Bonjour ou bonsoir,

    J’ai signé le manifeste des « Economistes atterrés ».

    A l’époque de la doxa néolibérale ambiante dont la suffisance est directement proportionnelle à ses échecs (à titre d’exemple,un FMI proposant encore et toujours le même remède à ses demandeurs,réduction drastique des dépenses publiques jusqu’à ce que mort s’ensuive) ,il est intéressant d’entendre un autre son de cloche.

    Le plus difficile sera de trouver des politiques sérieux et convaincus,capables de mettre en oeuvre ne serait-ce qu’une partie des idées contenues dans ce manifeste.

    Mais il faut espérer,le pire n’est pas forcément le plus probable et si nous sommes présentement dans le pire,un sursaut salvateur pourrait nous en sortir et nous faire retrouver le chemin des « jours heureux » pour le plus grand nombre,celui qu’avait tracé il y a bien des années le CNR.

    A la différence des lois immuables de la physique,les « lois » de l’économie ne sont que des rapports de forces entre groupes et il peut souvent y avoir une alternative,contrairement à ce que déclarait la dame Thatcher,grande amie du dictateur Pinochet.

    A. CAMBOURS

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  1. C’est une révolte ? « THINK TWICE - 12 janvier 2011

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